35 M€ et 290 emplois : ce que pèse réellement le basket professionnel féminin

par Pierre Turbelin


Le Centre de Droit et d’Économie du Sport a remis à la Ligue Féminine de Basket une étude sur le poids économique de La Boulangère Wonderligue. Présentés le 20 septembre 2026 à Roland-Garros lors du lancement de la saison 2026-2027, les résultats établissent que le volume d’activité produit par les douze clubs de l’élite du basket professionnel féminin français s’établit à 35 millions d’euros et que les clubs contribuent à soutenir 290 emplois en équivalent temps plein.

Un poids économique provenant pour l’essentiel des dépenses des clubs

Le poids économique de la Wonderligue se décompose en deux blocs.

  • Les dépenses des clubs constituent le plus significatif (86,3%) et représentent 30,2 M€ sur la saison 2025-2026, soit une moyenne de 2,5 M€ par club. La masse salariale en constitue 62 %, un ratio relativement stable d’un club à l’autre — de 56,4 % à Chartres à 70,4 % à Charnay. Cette homogénéité mérite d’être soulignée : malgré des budgets qui varient du simple au triple entre Bourges (3,8 M€) et Toulouse (1,4 M€), tous les clubs disposent d’équilibres économiques assez homogènes.
  • Les dépenses des spectateurs qui ajoutent 4,79 M€, soit 13,7 % du total.

Consolidé, le poids économique s’établit à 34 990 k€, pour une moyenne de 2 916 k€ par club.

Fait notable, et contraire à ce que l’on observe dans de nombreuses disciplines professionnelles : le phénomène de concentration sur quelques clubs est assez limité. Le club au poids économique le plus élevé ne représente que 2,7 fois celui du plus modeste.

Sur le plan de l’emploi, les 290,35 ETP soutenus se répartissent entre 240,45 emplois directs portés par les clubs — dont près de la moitié sont des joueuses — 14,6 emplois indirects chez les prestataires et fournisseurs mobilisés en jour de match, et 35,3 emplois induits par les dépenses des spectateurs dans les territoires.

Les dépenses des spectateurs, second contributeur économique

308 713 spectateurs ont assisté aux 159 rencontres de la saison, soit 1 942 personnes par match et un taux de remplissage de 72 %. La fréquentation progresse de 0,5 % sur un an mais surtout de 8,8 % par rapport à 2023-2024.

Chaque spectateur dépense en moyenne 25,35 € autour d’un match, hors billet : 5,87 € de restauration dans la salle, 5,27 € de transport, 4,84 € de merchandising, 3,99 € de restauration à l’extérieur. Après retraitement des double-comptes — les sommes dépensées par les spectateurs qui constituent déjà des recettes pour les clubs — le panier retenu pour le calcul du poids économique s’établit à 14,64 € par personne.

Au-delà des données économiques, l’étude fait ressortir quelques enseignements marquants parmi lesquels le fait que 61 % des spectateurs rentrent directement chez eux après le coup de sifflet final. Seuls 39 % prolongent leur soirée. C’est un gisement de valeur largement inexploité, que les clubs peuvent activer en repensant l’après-match — animations, rencontres avec les joueuses, restauration maintenue ouverte — ou en nouant des partenariats avec les commerces locaux.

Un public qui contredit les idées reçues

L’enquête menée auprès de 2 029 spectateurs livre un portrait qui mérite l’attention des dirigeants comme des partenaires économiques.

Le public du basket féminin est à parité parfaite : 50 % de femmes, 50 % d’hommes. L’idée persistante selon laquelle le sport féminin ne serait suivi que par des femmes ne résiste pas aux données.
Plus de la moitié des spectateurs (55 %) ne sont ni licenciés ni pratiquants de basket. La Boulangère Wonderligue séduit donc bien au-delà du cercle fédéral : elle produit un spectacle, pas seulement une compétition accessible aux seuls initiés, et prend une place importante dans l’offre de loisir des villes qui composent l’élite du basket professionnel féminin.Un spectateur sur deux n’assiste jamais à un match de basket masculin — signe d’un attachement propre, et non d’une consommation par défaut.

Le public est assidu — 45 % d’abonnés, 47 % assistent à au moins neuf matchs à domicile — socialement diversifié, avec 26 % d’employés et 28 % de cadres, et prolonge massivement l’expérience à l’écran : 73 % regardent des rencontres sur LFB TV ou Sport en France.

Son âge moyen, proche de cinquante ans, avec seulement 16 % de moins de 35 ans, dessine en revanche un axe de développement clair pour les saisons à venir.

Poids économique ou impact économique : une distinction qui compte

Cette étude mesure un poids économique. Elle ne constitue pas une étude d’impact économique. La nuance n’est pas sémantique, et la confusion entre les deux notions conduit régulièrement à des communications trompeuses dans le sport.

Le poids économique mesure le volume d’activité brut produit par une organisation et ses parties prenantes sur une période donnée. Il répond à la question : quelle masse financière et humaine cette activité mobilise-t-elle ?
L’impact économique mesure le supplément de richesse nette généré pour un territoire, en neutralisant les dépenses qui auraient eu lieu de toute façon et les effets de substitution. Il répond à une question différente : que se passerait-il si cette activité n’existait pas ?

Un calcul d’impact est plus complexe, et donne des résultats différents.

Notre approche retient trois principes : prudente, avec des hypothèses conservatrices ; comparable, alignée sur les autres travaux conduits par le CDES afin de permettre des mises en perspective entre disciplines ; opérationnelle, conçue pour fournir aux clubs des outils de dialogue avec leurs partenaires.

De l’étude nationale à l’outil de négociation locale

L’étude ne s’arrête pas aux agrégats nationaux. Elle comporte douze fiches personnalisées, remise à chaque club de La Boulangère Wonderligue, détaillant son poids économique propre, la composition du panier de dépenses de ses spectateurs, leur provenance géographique, leur profil et leur niveau de satisfaction service par service.

C’est là que réside l’utilité concrète du travail. Les Présidents ou les Directeur généraux de club disposent désormais d’une étude chiffrée personnalisée, méthodologiquement solide et indépendant, à présenter à leur collectivité, à leurs partenaires privés ou à leur futurs sponsors.

L’étude révèle d’ailleurs ce que les clubs mobilisent sans toujours le mesurer : entre bénévoles et prestataires, un match de Wonderligue réunit 60 à 70 personnes, soit 350 à 450 individus mobilisés chaque week-end pour faire vivre la compétition. À Bourges comme à Landerneau, ce sont plus de cent personnes par rencontre.

Comment nous avons procédé

Trois sources ont été croisées.

La Ligue Féminine de Basket et les services de la Fédération Française de Basket ont fourni les données d’affluence et les états financiers individualisés des saisons 2024-2025 et 2025-2026. Les clubs, via leurs directions générales et marketing, ont transmis les données d’emploi, de bénévolat et d’organisation. Ils ont aussi été de précieux relais de l’enquête menée auprès de leurs fans. Les spectateurs ont été interrogés par questionnaire diffusé dans les bases de supporters de chaque club, pour un total de 2 029 réponses collectées — auxquelles s’ajoutent les données produites lors de nos études antérieures pour Basket Landes (2025) et le Tango Bourges Basket (2022).

Le questionnaire a été élaboré afin de garantir la comparabilité des données, avec les données purement économiques mais égalemement l’ajout d’items sur le rapport général au basket et de questions personnalisées pour les clubs qui en faisaient la demande.

Cette continuité méthodologique est un choix assumé : elle permet de construire, étude après étude, une base de comparaison qui fait aujourd’hui défaut à l’économie du sport français.

Vous dirigez une ligue, un club, une collectivité ?

Le CDES conduit ce type d’étude depuis plus de trente ans, pour des fédérations, des ligues professionnelles, des clubs, des organisateurs d’événements et des collectivités territoriales. Mesurer le poids économique d’une organisation sportive, c’est se doter d’un argumentaire objectivé face à ses financeurs, identifier ses leviers de développement et inscrire son action dans une comparaison sectorielle crédible.

Nous contacter :

Questions fréquentes

Quel est le poids économique du basket professionnel féminin en France ?

L’étude du CDES établit le poids économique de La Boulangère Wonderligue à 35 millions d’euros pour la saison 2025-2026, réparti entre 30,2 M€ de dépenses des douze clubs et 4,8 M€ de dépenses des spectateurs.

Combien d’emplois le basket féminin professionnel soutient-il ?
290,35 emplois en équivalent temps plein annuels, dont 240,45 emplois directs portés par les clubs, 14,6 emplois indirects et 35,3 emplois induits.

Quelle différence entre poids économique et impact économique ?
Le poids économique mesure le volume d’activité brut généré par une organisation. L’impact économique mesure le supplément de richesse nette apporté à un territoire, en neutralisant les dépenses qui auraient eu lieu en l’absence de l’activité. L’impact est toujours inférieur au poids.

Qui a réalisé cette étude ?
Le Centre de Droit et d’Économie du Sport (CDES), à la demande de la Ligue Féminine de Basket, sous la direction de Christophe Lepetit, directeur des études économiques.

L’étude est-elle accessible publiquement ?
L’étude a été mise en ligne par la Fédération Française de BasketBall : cutt.ly/Kyb6Km52

A lire également

Le CDES utilise des données non sensibles comme des cookies ou des identifiants électroniques pour mesurer le nombre de visiteurs ou encore adapter le contenu. J'accepte En savoir plus