EDITO JURISPORT | NOVEMBRE 2021

par Administrateur CDES

Chaque mois le CDES vous propose dans Jurisport l’expression d’un point de vue sur un sujet d’actualité du secteur du sport !

Exceptionnellement pour ce numéro, Jean-Pierre Karaquillo revient sur la carrière de François Alaphilippe, co-fondateur du CDES, qui nous a quittés il y a peu.

In Memoriam

Fondamentalement attaché à sa fonction de professeur d’université puisée à son tempérament exigeant, enrichi par sa formation aux traditions de la réputée faculté de droit de Poitiers, où il était érigé en élève, et de l’agrégation de droit privé et sciences criminelles, François Alaphilippe a toujours été sujet de l’admiration et de la reconnaissance de ses collègues comme en atteste sa nomination aux fonctions de doyen. Personne au sein du peu indulgent milieu universitaire n’aurait l’indécence d’ignorer la profondeur de ses réflexions juridiques, son imposante activité créatrice et sa pugnacité productive.

Plus particulièrement l’apport lumineux de François Alaphilippe à l’émergence du droit et de l’économie du sport et de leur identité, enveloppées dans leur réalité socio-philosophique en est une marque indélébile que seuls des aveuglements narcissiques en mal de reconnaissance ou des jalousies appauvrissantes minimiseraient ou effaceraient.

Sa co-initiative à la création du Centre de droit et d’économie du sport (CDES), d’abord raillée avant d’être jugée visionnaire, emprunte sans doute, au hasard de rencontres au cœur de la faculté de droit et sciences économiques de Limoges. Pour autant « l’envol » du CDES est dû à sa passion agissante de pratiquant et de dirigeant notables, il est vrai partagée, pour « le sport de terrain » et son organisation avec une forte volonté de s’associer en tant que décideur à sa professionnalisation.

Et qui oserait oublier le cheminement et la diffusion de sa pensée et de ses écrits depuis « les informations rapides » de jurisprudence en matière de sport publiées au Recueil Dalloz à partir de 1978.

D’une contemplation du droit de l’État français à l’analyse des litiges tranchés par ses juges, il a su à l’encre de sa minutie et de sa prudence, puis de sa vigueur, persuader de l’existence d’ordres juridiques du sport en liaison avec les ordres juridiques des États, devant enfanter un pluralisme ordonné et apaisé.

En voudrait-on la preuve et il suffirait de lire, ou relire, pour décoder pertinemment, sans s’égarer, la pédagogie doctrinale qui le particularisait : « Droit et Sport » (Revue juridique et économique du sport, CNOSF, 1987 no 1 p. 1 et s.) et vingt ans après « Normes sportives et droit communautaire de la concurrence » (Revue juridique et économique du sport 2006, Dalloz, no 80 p. 7 et s.)

Les divers acteurs engagés du secteur des activités sportives, quant à eux, ont pu mesurer, sans voix discordante, son charisme intellectuel, parfois désarmant ou grinçant mais toujours puissamment ébranlant. L’ampleur de ce dernier a été régulièrement vouée à promouvoir sa conception intransigeante d’un mouvement sportif responsable performant et à sauvegarder l’indépendance de celui-ci, en s’opposant aux prétentions abusives d’asservissements extérieurs. Ces joutes verbales batailleuses avec plusieurs ministres chargés des Sports, à titre de président de la FFC et, surtout, de secrétaire général du CNOSF, en porteraient illustrations tant elles n’ont pas été, pour ceux-là, sans traces amères.

Ses luttes de l’impossible annoncées en vue de bâtir une organisation d’employeurs spécifiques au secteur du sport, le COSMOS, ont été frénétiques et puissantes avant d’être victorieuses grâce à sa ténacité et à sa subtilité convaincantes accompagnées du savoir-faire d’assistants à l’abnégation et à la loyauté exemplaires.

Le souffle des dévotions que son aura intellectuelle a légitimement suscitée ne s’éteindra pas. Il s’est répandu et incrusté dans la mémoire collective.

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